La Dépêche du Midi 12 juin 2015

Elle chante la femme «Isha», celle de la Méditerranée, des diasporas semées au gré des deuils et des errances. Femme de peine mais aussi de libération. Naïma Chemoul a la voix profonde de ces chanteuses du Sud, avec des inflexions qui scandent la joie, les douleurs ou la prière. Elle transgresse les règles de la synagogue, qui réservaient ces textes aux hommes et ces musiques à la communauté. «Isha, c'est l'histoire d'une femme qui naît à elle-même».

Mais le propos s'élargit, avec des textes de Yehuda Levi (XIIe siècle) : «cesse de courir après le temps... ta vie réclame ta présence». Pages de vie : la jeune «morenica» devient femme, plus brune que prévu, stigmatisée par sa peau. NaÏma Chemoul a revu l'accompagnement : le oud immémorial, le violon vertical et les percussions orientales sont toujours là, mais cette fois secondés par une batterie, un accordéon et une contrebasse qui instillent des accents jazzy, comme une main tendue par delà les mers et le temps. Le message du spectacle, intimiste et puissant, qu'elle a déjà produit un peu partout et qui donnera matière à un prochain album, c'est une prière pour la paix entre les peuples, un long chemin qui passe par un accomplissement personnel. «Je serai le rocher, un arbre poussera... je vais vers moi-même».

Une voix hébraîque dans la nuit, une silhouette blanche, fragile, qui en appelle à se libérer de ses chaînes... Cet «appel à la lumière du nord jusqu'au Yémen» a une résonance universelle, à contre-champ des intolérances et des nouveaux vandales. Naïma Chemoul est accompagnée de Brahim Dour (violon), Thierry Di Filippo (oud), Grégory Daltin (accordéon), Julien Duthu (contrebasse), Bona Akoto (percussions) et Pierre Dayraud (batterie). Reverra-t-on un jour le temps lointain des convivencias de Cordoue, l'harmonie entre voisins?

Naïma chante cette espérance pour la faire vivre.

Isha en concert le 12 juin à 21h au centre culturel Le Rond-Point, à Labruguière.

La Dépêche du Midi
12 juin 2015